L'IA pour mieux entretenir les routes de Charente
Le Département investit dans une solution logicielle pour mieux analyser l'état des routes et prioriser les chantiers.
Le Département investit dans une solution logicielle pour mieux analyser l'état des routes et prioriser les chantiers.

Le Département de la Charente a investi dans Roadcarey, un logiciel basé sur utilisation d'une intelligence artificielle (IA) pour diagnostiquer son réseau routier. Le principe est simple : les agents des services du Département réalisent des parcours en voiture qui sont filmés par smartphone. Le logiciel réalise une capture d'écran tous les cinq mètres et identifie fissures, mouvements de chaussées... Ces données sont complétées par de nombreuses données, comme l'état du sol. "Avec 5 200 km, c'est très difficile de tout anticiper. Une fissure sur une route dans le Confolentais et une dans le sud Charente n'auront pas la même urgence", constate Nicolas Bourdet, directeur de la Dira, la direction départementale des routes et de l'aménagement. "Au lieu de faire une rotation arbitraire tous les 10, 12 ou 15 ans, nous pourrons déterminer à quel moment une route devra être refaite."
L'IA aide à identifier les zones nécessitant une intervention rapide, en évitant que des petites dégradations ne s'aggravent avec le temps. "Le pire ennemi d'une route, ce sont les infiltrations d'eau", explique Thomas Dupeyroux, chef du service Entretien et Exploitation des routes. Sur sols argileux, le gonflement et retrait de l'eau vont faire éclater le bitume. Et les réparations risquent de ne pas tenir. "L'enjeu est aussi de pérenniser ce réseau, d'où les investissements réguliers du département pour l'entretien. Une route qui commence à se dégrader, c'est un peu comme une toiture : si on ne remplace pas les tuiles défaillantes, l'eau s'infiltre et la situation empire", souligne Nicolas Bourdet.
Les relevés permettent de créer une cartographie des routes, classées par niveau de dégradation (rouge, jaune, vert). "Cela facilite l'anticipation des réparations", reprend Nicolas Bourdet. Ce traitement permet de prioriser les différents chantiers, en fonction de leur état, du risque de dégradation mais aussi de la circulation. "L'enjeu n'est pas le même sur la RD951 à Confolens, qui a le plus important trafic de poids lourds, que sur une départementale où passent une dizaine de véhicules par jour".
Le coût du diagnostic est d'environ 50 000 euros pour l'ensemble du réseau, soit moins de 10 euros par kilomètre, rendant la technologie accessible. Un premier diagnostic complet est en cours. Les routes sont inspectées par tiers à partir de 2026. "Nous avons un budget annuel de 20 millions d'euros pour l'entretien des routes, et ce dispositif nous permettra de mieux gérer cet argent, en anticipant les problèmes", précise Fabrice Point, vice-président du Conseil départemental. L'intelligence artificielle utilisée pour repérer les défauts et les prioriser ne remplace pas totalement l'humain. "Les décisions finales reposent encore sur des agents qualifiés qui, en s'appuyant sur les données fournies, peuvent ajuster les priorités. C'est d'abord un outil d'aide à la décision", conclut Nicolas Bourdet.