Amour et agriculture : les deux font-ils la paire ou l'impair ?
S'il est un domaine où le professionnel et le privé fonctionnent en vases communicants, c'est bien l'agriculture. Le métier est-il un frein pour trouver l'amour ?
S'il est un domaine où le professionnel et le privé fonctionnent en vases communicants, c'est bien l'agriculture. Le métier est-il un frein pour trouver l'amour ?

En ce jour de Saint-Valentin, environ un cinquième des Français resteront sur le banc de touche de la fête des amoureux, selon les données de l'Insee.
Dans la profession agricole, la proportion des célibataires est similaire, voire un peu inférieure : les chiffres de 2021 de l'institut statistique indiquaient 18,31 % de célibataires parmi la population des agriculteurs français, et 17,36 % en Deux-Sèvres. La part des divorcés est quant à elle inférieure chez les agriculteurs (4 % en Deux-Sèvres, contre 5 % toutes catégories confondues dans le département).
Des a priori vieillots
Si les chiffres rassurent, les agriculteurs et agricultrices prétendant à l'amour ont parfois l'impression de se lancer dans la course avec un handicap.
À l'heure des applis de rencontre et du ghosting facile (rompre le contact sans aucune explication), quelques-uns en ont fait les frais : "Après des débuts de conversations fluides, il m'est arrivé que les échanges s'interrompent brusquement lorsque j'annonce que je suis agriculteur", déplore un céréalier du Thouarsais.
"L'image de la profession reste bloquée sur des a priori un peu vieillots", reconnaît Olivier, éleveur bovins viande près de Bressuire. Avant de retrouver l'amour il y a quelques années, l'homme d'aujourd'hui 56 ans s'est essayé aux sites de rencontre. "Mon profil indiquait que j'étais chef d'entreprise, avec un emploi du temps chargé. J'ai fait plusieurs rencontres avec des femmes qui, arrivées à 50 ans et des enfants partis, espéraient avoir du temps pour leur couple. Mais moi, j'étais toujours occupé".
Olivier tire tout de même un bilan positif de ces expériences. "Les sites de rencontre m'ont permis de nouer des contacts avec des personnes hors du milieu rural et de reprendre confiance en moi. À force de remarques sur mon manque de disponibilité, j'ai aussi mis en place une organisation différente sur mon exploitation, pour dégager plus de temps. Avec ma compagne actuelle, nous profitons de vacances, que je m'impose une fois par an, et de quelques week-ends pour partir".
"On est loin de l'activité sociale"
À 31 ans, Simon, éleveur dans le Sud Vienne, commence à s'impatienter. "Je suis inscrit sur les applications de rencontre. Mon profil montre bien que je suis agriculteur, donc je pense que ça fait déjà un premier tri dans les filles qui me contactent. Il y a différents profils, des citadines ou des rurales. Pour ces personnes, le métier d'agriculteur en lui-même ne semble pas être un problème".
Ce qui coince souvent, pour le jeune homme, c'est la distance géographique. "Je 'matche' souvent avec des filles qui sont relativement éloignées. Il est assez difficile pour moi de faire un déplacement le soir après le travail, parfois pour rien".
Les rencontres directes sont rares. "Étant agriculteur et habitant en campagne, on est loin de l'activité sociale. Nous sommes dans un métier qui enferme. On voit souvent les mêmes personnes", regrette-t-il.
Près de Parthenay, Julien, 43 ans, est éleveur ovin. Ses rencontres via les sites dédiés n'ont pas abouti. "Les femmes ont du respect pour la profession, la pénibilité et notre engagement. Mais ça ne va pas plus loin, car la demande de disponibilité pour les loisirs est importante".
L'éleveur pointe aussi le décalage de niveau de vie. "Les rencontres que j'ai faites sur Niort étaient principalement avec des personnes travaillant en mutuelles. Les moyens financiers qu'on avait chacun à allouer aux sorties étaient si différents que ça finissait par coincer".
Katel Le Cuillier, gérante de l'agence matrimoniale Unicentre, basée à Niort :
"Depuis vingt ans, j'ai vu les agriculteurs évoluer"
" Mon agence, qui couvre les Deux-Sèvres, compte environ 300 adhérents, dont à peu près 10 % d'agriculteurs. Ce sont principalement des hommes (une seule agricultrice), à partir de la quarantaine – l'âge des premiers divorces – jusqu'à 75-80 ans.
Les plus jeunes ont testé auparavant les applis de rencontre, et ont constaté que leur profil n'était pas attractif. Ils sont souvent désabusés car ils savent que leur métier a une mauvaise image.
Ce qui coince souvent : le lieu d'habitation, car les zones très rurales sont peu propices aux sorties et loisirs, ce qui est une préoccupation majeure aujourd'hui".
Sans arrogance et ouverts à la rencontre
"Pour ce qui est de la disponibilité, les a priori perdurent, mais je trouve qu'il y a eu de gros efforts faits par la profession pour bouger sur ce point, grâce aux associés ou à l'aide technologique. Je me déplace systématiquement à domicile et depuis que j'exerce (2006), j'ai réellement vu cette population évoluer.
En agence, connaissant bien mes adhérents, je présente les profils des agriculteurs aux femmes sans mentionner leur métier dans un premier temps, sinon j'aurai des refus.
La recherche des agriculteurs est plus longue, il faut le savoir, mais on y arrive.
Pour ma part, j'aime beaucoup travailler avec eux ; ce sont des gens sérieux et sympas, sans arrogance ou critères restrictifs, qui acceptent les rencontres.
Mon conseil pour mettre toutes les chances de leur côté : avoir une tenue soignée et surtout, bien mettre en avant qu'ils ont des loisirs " !