La ferme Vienne en nette souffrance
Des récoltes en baisse de 40 %, une augmentation de 50 % des remplacements pour arrêt maladie, des encours en nette hausse... Les chiffres qui ont été donnés jeudi dernier lors de la réunion du conseil de l'agriculture française sont vraiment inquiétants.

"On voulait faire un état des lieux post-récolte et avoir le ressenti des OPA" explique Mathieu Grollier, coprésident des Jeunes agriculteurs de la Vienne, au sortir d'une réunion du Caf élargi, de près de 3 heures. Autour de la table, les coopératives, négoces, banques, assureurs, Cuma, MSA et autres associations agricoles, sont assez unanimes sur la situation . "Les récoltes sont en baisse de 30 à 40 %, avec certains qui ont jusque -70 %" précise Benjamin Aucher, coprésident des JA. " Il y a un effet ciseau, avec la baisse des prix qui s'ajoute à ces mauvaises récoltes, et le paiement des dettes devient compliqué". Les encours sont en effet en hausse de 30 à 40 %, notamment à la MSA, qui a vu les demandes d'étalement du paiement des cotisations augmenter. "Ça ne suffira peut-être pas" craint Aurélie Fleury, présidente de la FNSEA de la Vienne. "Il faudrait carrément une prise en charge". Une procédure qui peut uniquement être prise à l'échelon national. Après les mobilisations du début d'année, qui avaient montré un mal-être grandissant des agriculteurs, les retours des OPA montrent que la situation est aujourd'hui bien pire. "Le nombre de prises en charge de remplacements pour des arrêts maladie a augmenté de 50 %, nous indique le service de remplacement" ajoute Benjamin Aucher. "Nous avons demandé à toutes les OPA d'activer tout ce qu'elles peuvent faire. Chacun doit mouiller sa chemise" estime Nicolas Touchard, directeur de la FNSEA 86.
Nouvelles manifs ?
Au vu de ces difficultés, le Caf va notamment demander l'activation de l'indemnisation de solidarité nationale. Pour mémoire, elle peut être activée à partir de 50 % de pertes, et la Préfecture de la Vienne avait fait savoir il y a quelques jours qu'elle n'avait pas connaissance de telles pertes dans le département. "Nous avons vu des cas à près de 70 % du côté d'Archigny et Montmorillon" rétorque Benjamin Aucher. "Il faudrait un PGE spécifique à l'agriculture" ajoute Nicolas Touchard. La question de l'eau a aussi été évoquée. "La validation de l'étude HMUC doit avoir lieu le 12 septembre. Nous demandons son ajournement, et qu'une étude d'impact socio-économique soir réalisée" explique Benjamin Aucher. Une motion a été adoptée par le Caf et va être transmise au Préfet de la Vienne. Les autres demandes sont en revanche bien difficiles à réaliser, alors que le gouvernement va changer dans quelques jours. "Toutes les mesures annoncées lors des mobilisations du début d'année n'ont pas encore été prises. La LOA a été stoppée par la dissolution. Il nous faut des interlocuteurs pour faire remonter tout ça" lance Aurélie Fleury, qui recevait mercredi plusieurs élus locaux sur son exploitation (lire ci-dessous). L'agricultrice prévient aussi que les mobilisations pourraient très rapidement reprendre. "Il est probable qu'il y ait des tracteurs de sortie dans la deuxième quinzaine de septembre". Avec un risque d'y croiser des agriculteurs désespérés et prêts à tout.
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