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Une « mer » de vignes

L’île de Ré avait été oubliée dans une précédente version. L’histoire est rétablie. Les vins rétais retrouvent leur bonne place dans l’essor viticole de l’Aunis.

La vigne a bel et bien existé en Aunis. En rééditant l’ouvrage « L’Aunis en vigne », l’association histoire géographie en pays d’Aunis « répare » un oubli de la version de 2010 dirigée par Albert Michel Luc : celui des vignes rétaises. Rien de plus qualifié pour en retracer l’histoire que l’ancien responsable viticole et syndical de l’île : Michel Pelletier. Mettant sa pugnacité à dénicher quelques faits tangibles historiques, mais aussi botaniques, il écrit une nouvelle page des vignes rétaises. Autour de « férus d’histoire », se trouve ainsi consigné un paysage maintenant oublié en Aunis, moins dans l’île où la viticulture est encore bien présente. « Des portes de La Rochelle, dans le petit fief d’Aunis, circonscrite sur 8 communes, la culture viticole », écrit Jean-Luc Dupas, « se répand comme une traînée de poudre sur tout le plateau d’Aunis. Que serait La Rochelle sans son arrière-pays et que serait l’Aunis sans cette métropole exportatrice, véritable porte sur le monde moyenâgeux ? Le petit vin de La Rochelle est alors plus célèbre que le vignoble bordelais. » Un peu de gloriole ne nuit pas. « Les bourgeois rochelais possèdent à l’époque des terres aunisiennes et en tirent de substantiels revenus. » Une prospérité jusqu’à la fin du XIXème siècle.

En terres continentales de groies

Déjà Romains et Grecs avaient des vignes, et les Aunisiens tout autant. Jusqu’au phylloxéra de 1880, elle est bien présente, la vigne, sur ce plateau calcaire que sont l’Aunis ou l’île de Ré. L’allobrogique, le biturica (en référence au peuple biturige de Bordeaux), sont les cépages cultivés par les Gallo-Romains. Viennent ensuite le savoir-faire des abbayes, vers la fin du Xème siècle, dans le grand Fief, les vignes rétaises : « en 1675, l’île est un pays où presque toutes les terres sont plantées en vigne. 7300 ha. Le reste est consacré au sel. » En érudit, Michel Pelletier replace ce vignoble dans son territoire « continental ». Il va chercher dans les écrits d’Henri d’Andely en 1230, poète sous Philippe Auguste, le récit de la « bataille des vins » où l’on vante les qualités des vins de La Rochelle et de l’île de Ré. Des vins qui rivalisent avec ceux de Chypre, d’Auxerre, de la Moselle. Il piège les traces de ce vignoble dans le rapport de François Jacques, un haut fonctionnaire des finances royales un siècle plus tard, qui détaille le commerce des vins rochelais. On s’amuse à ce qu’écrivait une ordonnance de Charles VII (1424), disant qu’aucun grain ne pousse en Aunis ou en Ré hormis la vigne. Michel Pelletier défie le temps, traquant indices et présence viticole.

 

Une nouvelle frise du vignoble charentais

Mais sa « découverte » principale, ce sont les cépages que Ré cultive. « On n’y faisait pas que du vin blanc, mais aussi des rouges. » Et réapparaît le fameux Chauché, dit au XIIIème « pineau ». Des « vieux cépages » que certains tentent de remettre au goût des palais actuels. Mais à la fin du XVème, il a noté la présence de vignes vermeilles, de vignes chauchées avec mi-parties blanches et vermeilles ou encore les folles blanches. Les « découvertes » historiques de Michel Pelletier dessinent une nouvelle frise du vignoble charentais. « On distille dès la fin du XVIème un brandwine », prélude aux exportations depuis le port rochelais. Mais patatras, en 1709, très mauvais hiver, le vignoble est décimé. On replante en folle blanche. Il faudra un siècle pour voir réapparaître le Chauché. Au cœur du développement viticole rétais, les moines de l’abbaye de Notre-Dame-des-Châteliers à la Flotte. Un essor qui va de pair avec le « libéralisme » commercial dont jouit l’île, ainsi que quelques « avantages » octroyés aux vignerons rétais. « Ils deviendront les plus aisés du royaume », note Michel Pelletier dans les écrits de Claude Masse au début du XVIIIème. On produit des vins de bouche et des eaux-de-vie.
Si l’ancien président de la cave coopérative rétaise remonte jusqu’aux évolutions actuelles, sa quête de l’enracinement viticole rétais dans l’histoire viticole française apporte à cette réédition un complément qui manquait à la première version. D’autant, qu’aujourd’hui, c’est l’histoire qui explique le futur et est un gage de marketing. À l’heure actuelle, où certains parlent de la fin de l’Ugni blanc, la recherche de vieux cépages reste aussi une piste intéressante. Pour les réimplanter, encore faut-il avoir trace de leur existence. Michel Pelletier s’y est attelé avec brio. Dans le lent processus de la création variétale, ces variétés abandonnées, un temps, pourraient resurgir et finir par dynamiser le commerce. Un éternel recommencement.

 

L’ouvrage, L’Aunis en vignes, est disponible auprès l’association Histoire et géographie en pays d’Aunis, à Aigrefeuille.

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